La légende de Jim Morrison

     Alcoolique, drogué, violent, dans son verbe et parfois même dans ses gestes, et bien d’autres défauts encore, ont mené Morrison à une déchéance totale jusqu’au point de non retour. Mais ce personnage décadent était aussi, et ce bien plus souvent, celui d’un homme qui savait se montrer tendre et affectueux, au point de tomber amoureux au cours de l’année 1965, où il rencontrera Pamela Courson qui deviendra sa "muse", sa "compagne cosmique". Une fraîcheur rousse, filiforme, s’adonnant à la culture hippie et à la mode vestimentaire.

Tel Janus, Jim avait ce côté sinistre, lugubre et sombre, qui l’on souvent fait passer pour un " clown" aux yeux du grand public. Mais son autre visage rendait à Mr Morrison, toutes ses lettres de noblesse.

 

Sa rencontre avec Patricia Kennealy (journaliste et adepte de la philosophie de la Wicca), en 1969, lors d’une conférence de presse, fera changer radicalement les idées de Jim sur lui-même. C’est d’ailleurs le jour de cet entretient, que Morrison inventera le contrefait de la mort de ses parents lors d’un accident.

 C’est à ses 5 ans que le drame fut affiché au regard de la famille Morrison et non vécu comme victime. Jim raconte qu’un camion d’indiens Pueblo était renversé sur le bas côté ; il y avait des corps reposant sur la route et que l’âme de l’un d’eux aurait bondi dans la sienne. Se considérant dès lors comme un Chaman :

« Sorcier indien qui entre en transe en prenant du

Peyotl, et il y entre de plus en plus profondément,

puis il a une vision et toute la tribu est guérie ».

 (Jim Morrison dans le film d’Oliver Stone).


 

Mais … laissons plutôt le soin à Jim d’exprimer sa façon de voir la vie, la société, … (Les interviews qui suivent ont été recueillies à différentes périodes de la vie de Jim Morrison par des journalistes et amis.)

Le destin : « On peut dire que je suis destiné à faire ce que je fais, ce n’est pas un hasard. C’est la sensation d’être un arc en tension depuis 22 ans qui se relâche d’un seul coup. Les idées de rébellion contre l’autorité m’ont toujours attiré. Tout comme les idées à propos de l’insoumission ou du renversement de l’ordre établi. Je croîs que la rébellion extérieure est une façon de parvenir à la liberté interne ; le mental à travers le physique ».

 

Observation du monde : « La civilisation occidentale part en vrille, il n’y a même pas besoin d’un tremblement de terre pour l’achever. La musique que l’on joue, c’est comme une dernière danse de mort. (…) J’évoque des images, des souvenirs de liberté. Mais nous ne pouvons qu’ouvrir des portes ».

L’individu : « On souffre tous, plus ou moins, du syndrome du " voyeur ". Pas dans le sens strictement médical ou criminel, mais dans notre attitude physique ou émotionnelle face au monde qui nous entoure. Chaque fois que l’on essai de rompre ce maléfice de passivité, nos actions sont cruelles, comme un invalide qui a oublié comment on marche ».

 

L’enfance : « J’avais la sensation (…) d’acquérir des œillères, d’être dirigé, avec mes amis, vers un long tunnel toujours plus étroit. On prend un risque en fréquentant l’école. On a autant à y perdre qu’à y gagner ».


La liberté : « Je croîs que les points maximum et minimum sont les plus importants. Tout le reste n’est que moyen terme. Je veux être libre de pouvoir goûter à tout ».

 

L’œuvre : « The Doors provient de l’Ouest. Le monde qu’on suggère pourrait être une sorte de nouveau Far West sauvage, un monde sensuel et diabolique, étrange et inoubliable ».

 

Les chansons : « les cinq ou six premières que j’ai composées étaient, en réalité, les notes d’un concert fantastique qui se déroulait dans ma tête ».

 

Organisation du groupe : « On est une société artistique et financière. On partage tout équitablement. Au début, c’était l’idée de nous maintenir unis, car on avait, et on a toujours, une vision très distincte de la réalité et aussi des intérêts très différents ».

 

Les concerts : « C’était une question de vie ou de mort, une tentative pour emmener les spectateurs dans un monde intérieur ».

Le public : « Les jeunes représentent l’avenir. On peut les changer, les influencer, les modeler. Le public juvénile est comme une feuille vierge, préparée pour que l’on écrive dessus. Et moi, je suis l’encre ».

 

Rock attitude : « Il n’y a pas de règle dans un concert de rock. Tout est possible ».

 

Le courant artistique :« Je pense que le grand afflux d’énergie créatrice qui s’est produit il y a trois ou quatre ans a été très difficile à gérer, surtout pour les artistes les plus sensibles. Peut-être pourraient-ils se satisfaire que des sommets ? Quand la réalité cesse de correspondre à leurs idéaux, ils traversent une phase de dépression. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle on meurt. Accident, suicide, meurtre, il y a beaucoup de façon de mourir ».

 

L’évolution de la musique : « les deux genres musicaux de base de l’Amérique sont la musique noire, le blues et la musique folk ramenée d’Europe, on appelle ça la country music, ou les airs solitaires de la Virginie. Leur fusion nous a donné le rock’n’roll. Je vois dans quatre ou cinq ans, une fusion avec un troisième type de musique. Avec une seule personne et sa voix, mais entourée de machines, de bandes son, d’électronique, etc.» (Eh oui, Jim venait d’imaginer inconsciemment une nouvelle forme de musique que l’on appellera Trans, Techno, ou Electro).

Le cinéma : « Ce qu’il y a de bien avec le cinéma, c’est qu’il n’y a pas d’experts, pas d’autorités. N’importe qui peut assimiler et retenir toute l’histoire du cinéma, ce que l’on ne peut pas faire avec les autres arts. Comme il n’y a pas d’experts, en théorie un étudiant en sait presque autant qu’un professeur ».

 

Drogues et alcool : « Se saouler c’est comme si … bon, je suppose que c’est la différence entre le suicide et la capitulation lente ».

 

Lors d’une impro en concert : « Je ne parle pas de révolution. Je ne parle pas de manifestation. Je parle de la mort du rock’n’roll (…) La mort du rock, c’est la mienne ».

 

Dans son dernier écrit, " Journal de Paris " : « Les dealers chinois finiront par avoir ta peau ».

De son vivant, Jim a contribué, consciemment tout d’abord, puis malgré lui par la suite, à forger sa légende. Le culte l’a dépassé, pour vite s’éloigner des véritables aspirations de l’artiste et de sa personnalité même. Il n’aura jamais souhaité autre chose que de célébrer, non son propre rituel, mais celui de la vraie vie et d’y amener le plus de gens possible. La poésie, la perception intérieure, la connaissance de soi, l’amour, sont autant de thèmes qui compteront toujours plus que tout à ses yeux. Un homme épris d’absolu et de liberté.

    Aller vers Jim impose dans l’immédiat de faire fi des faits divers, et des masques qui entourent sa vie. Cela revient à passer de l’autre côté pour y découvrir un grand artiste dont l’œuvre et la démarche restent d’une actualité certaine, ce que confirme sans cesse de nouvelles générations d’admirateurs.

   Aujourd’hui, on lit et écoute Jim parce que l’on se trouve en lui, qu’il nous éveille ou nous révèle à nous même, à l’univers et à l’inconnu ; qu’il nous pousse à aller toujours plus loin, à explorer nos sens, nos désirs, nos rêves, bien au-delà de tous les stéréotypes, de l’aliénation et de l’abrutissement de la société de consommation, contre laquelle Jim aura toujours été en guerre.

     - Regardez cet homme qui entame les barreaux de sa cage. Regardez cet homme ! Sa chaire est en proie à un miroir ardent. Il voyage droit avec la liberté cousue sous ses paupières. Sa tête est un brasier d’étoiles. Sa chevelure, l’écriture des chardons qui brûlent la nuit, toute la nuit. Sa voix soulève la mer dans les yeux des femmes. Le feu tournoie dans son regard et croise le signe pathétique du sang.

     - Jim Morrison est-il mort ? La révolte se porte à la boutonnière comme les gravats du jour. La poésie est une longue blessure blanche et le ciel glisse entre tes doigts fuselés. Tu étais la passion. Tu seras l’exil, l’éternité suspendue au soleil des astres morts. L’éternel Jim.

Galerie James Douglas Morrison

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